Intime Screen
C’est quoi être un·e ado en 2025 en Haute-Savoie ?
La semaine dernière, les élèves du collège du Parmelan se sont prêté·es au jeu des ateliers “L’intime Screen” pour répondre à cette question. Plusieurs jours de travail ont mené à la réalisation de portraits sensibles, sonores et visuels.
Evelyne Gallet et Nicolas Étoile, deux artistes lyonnais·es, ont accompagné les collégien·nes lors d’ateliers d’écriture et d’arts visuels pendant toute une semaine. Le but était de se questionner sur l’identité des ados d’ici et d’aujourd’hui. Iels sont parti·es à la recherche d’expression de leur ressenti en écrivant, en expérimentant, en se posant mutuellement des questions. Le tout a donné lieu à la production de 2 chansons “Libre comme l’air” et “One life” ainsi que la création de leur autoportrait en arts plastiques, et même d’un clip. Vendredi, les élèves ont eu l’occasion de présenter le fruit de leur travail devant leurs parents au Brise Glace. Leurs portraits ont habillé notre espace de la Crique, tandis qu’on écoutait attentivement leurs compositions.
Evelyne et Nicolas ont plusieurs facettes dans leur vie d’artiste. Celle qui les réunit, c’est la chanson. Depuis 2005, Evelyne a enchaîné les albums et les tournées sur les thèmes de la liberté d’être soi, de la joie ou encore de la fantaisie. Elle a aussi créé des spectacles jeunes publics avec Nicolas, et des ateliers d’actions culturelles pour différents publics. Nicolas à l’origine vient plutôt des arts visuels, mais il s’est lui aussi tourné vers le monde de la musique. Il apprécie particulièrement d’aller à la rencontre de l’autre, et de l’aider à découvrir son essence à travers différentes formes artistiques.
Découpé en plusieurs ateliers, le projet alliait l’écriture de chanson à l’exploration plastique autour de l’autoportrait avec le soutien de Marjory Defour, professeure d’arts plastiques au collège. Evelyne a conduit les exercices créatifs d’écriture en partant de la contrainte créative. Elle nous raconte par exemple que les élèves devaient écrire des couplets en ¼ d’heure avec des mots imposés dans une liste. Chacun et chacune a pu écrire ce qu’il ou elle avait envie pour construire ensemble une chanson collective.
Evelyne soutient que “l’écriture c’est plutôt un truc personnel en réalité et le challenge dans ce genre d’atelier c’est qu’il faut que ce soit une chanson commune”. On retrouve aussi cette part d’individualité et de collectif dans leurs autoportraits créés avec Nicolas. Comme le souligne Marjory “Ils ont créé un projet personnel avec leur portrait, mais il y a eu aussi un côté collectif puisqu’il a fallu après assembler tous les portraits les uns avec les autres pour créer des longues bandes. L’individuel est devenu collectif pour créer vraiment une œuvre globale tous ensemble. ” Les collégien·nes sont eux aussi très content·es de cet atelier. Ils et elles constatent que cela leur a permis de créer des liens entre elle·eux et de se rapprocher.
Sous pression j’ franchis les port’s de l’éducation
Sous pression et pressée, ma journée tu la gâché
Pour notre génération, le stress et la pression
Sont deux chos’s qui nous fachent et nous suivent sans relache
Mais nous on peut rien dire, on est comme des robots
On enchain’ les cours, de français et de géo
On est vraiment crevés après une rud’ journée
Mais on a encore des devoirs par millier
Très vite, les thématiques qui se sont imposées dans les chansons ont été “leur stress, leurs angoisses, la rage aussi qui les anime face à un monde d’adulte qui leur met une pression incroyable” nous explique Evelyne. Les jeunes ne trouvent plus le temps de décompresser entre les cours et leurs devoirs. “Nous on fait du 8h30 – 17h tous les jours, on rentre vers 18h – 17h30, on doit faire les devoirs jusqu’à 19h, 20h voir 21h. Mentalement on y arrive pas, t’as tellement de trucs à penser et après t’exploses.” Grâce à la musique et l’écriture, les élèves ont vraiment pu attirer l’attention sur les sujets qui leur étaient essentiels.
Côté arts plastiques, les ados ont pu expérimenter les techniques et les matières. Le but était de progressivement les faire sortir du cadre et des règles. Iels avaient à disposition différentes matières qu’iels pouvaient utiliser en les collant, déchirant, froissant et tout ce qui était possible. Nicolas a observé que passé la coquetterie que les collégien·nes ont à ne pas s’aimer en image, iels osaient vraiment plus déstructurer leurs portraits au fil des versions. ”Ce que je voulais leur transmettre, c’était un peu le chaos créatif, d’oser tout. Je pense que ça leur a fait découvrir le sens de faire et de manipuler, un truc très sensoriel. Je pense que ça a cassé un peu la raideur figurative vers laquelle on tend naturellement tous.”
Les élèves, leur prof et les intervenant·es ont été ravi·es de cet atelier qu’iels ont vécu comme très intense. Cela a permis aux élèves de faire une pause dans leurs cours pour s’exprimer sur ce qu’iels ressentent. Le public a été bluffé par la restitution et notamment tout ce qui avait été produit en ces 2 jours et demi.
ÉCOUTER LES MORCEAUX
crédits photo : Laurent Guette et Marjory Dufour